Était-ce si manifeste ?

Samedi dernier, j’étais dehors, dehors pour une manifestation anticoloniale, pour demander aussi la suppression du ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Le temps était clément sans être beau et le parcours déprimant à souhait. Rue de Richelieu et rue des saints-pères ne sont pas exactement des lieux passants, ni très spacieux.

A une centaine de mètres du ministère, nous fûmes stoppéEs par un cordon de C.R.S. venus avec boucliers, tenues anti-émeutes et grilles montées sur leurs véhicules… l’étroitesse des lieux avaient du reléguer l’option camion avec lance à eau à un autre jour.

La foule bon enfant que nous formions ne leur avait pas semblé menaçante puisqu’au départ seul des agents de police assuraient notre encadrement mais l’hypothèse de nous voir effectivement devant le ministère étant impensable. À quel titre? Menace terroriste? Peur qu’une fois devant les pierres nous ne nous soyons muéEs en féroces entités?

Je suis allée sur le devant, je suis allée parler aux CRS par curiosité, j’ai été goguenarde… les CRS nous ont filmés… d’autres manifestants m’ont demandé de cesser mes provocations…

Si même l’humour parait tel une lame à ceulles qui sont venuEs manifester, je me demande ce qu’iels sont venuEs faire? Marcher dans la rue comme des G.M. entourés des C.R.S.-G.O.? Car il m’apparait naïf de croire que le changement ne s’inscrivent que dans des démarches consensuelles, que l’histoire des conflits sociaux montrent bien que la fermeté et la détermination sont importantes. La ligne de partage de la notion de la violence a bougé, à tel point que la moindre désobéissance paraisse si hors de propos ? Malgré certains de mes propos lâchés par pur provocation auprès de militantEs, non je ne rêve pas de guérilla urbaine mais oui, je rêve bien de passer des barricades idiotes, d’entrer en des lieux qui réfutent d’autres paroles que la leur et où l’on ne rêve que de mondes peuplés de clones.

Beau comme un dimanche de No Vat

C’était un dimanche ensoleillé sur la région Parisienne, un dimanche doux comme ceux que Rome a pu connaître ces 2 dernières années à la même date… et la première idiote qui me dit période de saint Valentin, je lui fais découvrir le génie de l’humanité avec une démonstration de la catapulte !

Non, cette période de l’année, c’est celle du No Vat, une manifestation contre le Vatican, une manifestation contre ce que le Vatican en tant qu’ état génère comme lobby, contre ce qu’il coûte aux Romains, contre le poids immédiat sur la laïcité en Italie.

C’est un moment magique où les socialistes, les communistes, les anarchistes, les groupes féministes ou bien encore les groupes queer s’ unissent.

Alors, voici un petit souvenir, un fragment d’un des plus fabuleux squats de la ville, le Forte Prenestino et si, l’année prochaine, vous voulez voyager, pensez y… En attendant que d’autres squats par chez nous ouvrent leurs portes ;)

Le piège des maux ?

La nouvelle du week-end pour le monde trans et les mondes avoisinnants, c’est le relai par la presse d’un décret retirant le “trouble précoce de l’identité de genre” d’une liste qui fondait l’ALD 23, celle-là même qui recouvre des troubles mentaux lourds. Ce qui fait débat dans la seconde de cette annonce, c’est le choix du terme dépsychiatrisation.

Pourquoi tant de … de quoi d’ailleurs ?

Le terme dépsychiatrisation renvoie directement à la relation de tutelle des psychiatres aux trans. Or ce décret n’en change pas un iota. À la différence, par exemple, de la question de l’homosexualité qui une fois sortit de la liste des maladies mentales faisait disparaître, dans l’absolu, l’agenda de rencontres d’unE homoE avec unE psyE puisque vivre son homosexualité *sic* ne passe pas par une prise hormonale et/ou une chirurgie, qui ici reste soumise à une expertise psychiatrique.
Mais, sympathique similitude, la loi ne faisant pas ce que pensent les gentes, ça n’a pas empêché en 1981 beaucoup de monde de continuer de considérer les homoEs comme des malades, ça n’a pas empêché des parents de tenter des “ré-éducation”et certainEs psyEs de proposer ce service, et donc notre décret n’aurait rien changer à ce que pense les psyEs de nous.

Nous voici donc dans une situation inédite qui veut que la “Loi” ne nous considère plus malades mentales, ce que nous n’étions clairement que depuis octobre 2004 d’ailleurs, mais le corps médical nous accueillera toujours par son service de psychiatrie.

80 miles par heure !

De retour à une situation antérieure avec Doc Bachelot et Marty Bedos et notre décret-DeLorean, se pose la question de ce qui sera pris en charge et à quelles conditions. Car qui dit ALD, dit liste des actes pris en charges, et le décret parle bien d’une ”exonération de participation au titre du 4o de l’article L. 322-3 du code de la sécurité sociale”, qui dit :

a) Le bénéficiaire est reconnu atteint par le service du contrôle médical soit d’une affection grave caractérisée ne figurant pas sur la liste mentionnée ci-dessus, soit de plusieurs affections entraînant un état pathologique invalidant ;

b) Cette ou ces affections nécessitent un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse ;

Le “petit b” nous laisse espérer donc pour la chirurgie mais, là encore, ne nous dit pas si cela prendra en charge celles réalisées autrement qu’en France dont le retard en terme technique n’est plus à démontrer. Y aura t-il de nouveaux des batailles de E-112, le formulaire permettant le remboursement de soins réalisés à l’étranger une fois démontrer qu’il n’aurait pas été possible d’avoir aussi bien en France ? Bref rien n’est joué.

Et a-lors ?

Il y a clairement un virage qui s’opère mais qui peut parfaitement aller dans le décor, les mois qui vont suivre nous apporterons les réponses aux conditions de reconnaissances de la TSidentité par le corps médical, de la liste de ce qui est pris en charge et de quelS pointS d’entréS (hôpitaux, secteur privé, mixte, “centres de compétences) nous sont ouverts.
Mais, et pour en revenir au titre, il n’y aura pas eu à proprement parler de dépsychiatrisation mais une dépathologisation administrative, d’où le piège des mots, d’où un achoppement dans le monde associatif. Et cet autre piège, le piège des maux, c’est que l’idée de maladie n’aura pas été dépassée, qu’un refondement complet de l’approche, similaire à la question de la grossesse en tant qu’ état, n’a pas eu lieu.